dimanche 11 mars 2012

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Chapitre 15
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Lagarrigue rêve.

Sigmund Freud interprète

Dans la 4L, Lagarrigue avait des airs du commissaire Bourel à la belle époque des "Cinq dernières minutes" que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître pour parodier un chanteur asthmatique mais néanmoins talentueux.

Je vous parle donc, avec l'évocation de cette émission, d'un temps révolu et en voie d'oubli, en priant le lecteur de se reporter à son encyclopédie habituelle s'il désire avoir plus de détails sur cette antiquité télévisuelle de grande qualité. Nous nous devons de marquer non "à la culotte" mais "au Képi", le gendarme enquêteur afin de ne pas perdre le fil, si l'on peut dire ainsi en matière de string.

Le gendarme de Sainte Trique savait qu'il touchait au but, que le dénouement arrivait aussi sûrement qu'une feuille d'impôt dans une boîte à lettres.

Cahotante mais vaillante, la 4L laissa Lagarrigue à un bon kilomètre des lieux du crime. Une vingtaine de minutes sur le sentier forestier et il fut dans la clairière, ce lieu de turpitudes charnelles et de passions lubriques mais tellement agréables à pratiquer.

Le gendarme, tout en progressant, doutait. Trouver un indice aussi évident qu'un string lui paraissait impossible. Le chien n'avait rien décelé! Alors lui? Arrivé, il n'entra pas dans la clairière. Il s'assit et resta, un peu à l'écart, sous un bouquet d'arbres, silencieux. Fatigué, il s'assoupit peu à peu.
Lagarrigue, empli des senteurs boisées si finement délicieusement subtilement parfumées, se mit à rêver.
Un vrai rêve de gendarme avec des estafettes, des jumelles, des arbres pour se cacher et tout cela se transformait en bonbons et gâteaux, en splendides créatures et plages paradisiaques. La gendarmerie de Sainte-Trique, tropicale naturellement, devenait une île, que dis-je une île! Un lagon à l'eau turquoise. Deux superbes jeunes femmes souriantes et aguichantes se prélassaient, nues, splendides. Lagarrigue les observait avec ses jumelles-radar? Ces dernières, au lieu d'indiquer une banale vitesse kilométrique, donnaient le tour de poitrine, de hanche et de taille des naïades. En intensité maximale, tous les indicateurs de dépassement de limitation d'érection brillaient ! Quant à Lagarrigue, ses voyants personnels avaient depuis longtemps explosés! Il allait serrer dans ses bras l'une de ces superbes créatures quand malencontreusement, une branche de palétuvier géant craqua puis chuta. L'île disparut comme un caillou jeté dans un étang, ne laissant qu'une onde provisoire et éphémère.

Lagarrigue ne sut jamais vraiment combien de temps avait duré ce sommeil, mais il remercia le ciel de l'avoir laissé s'endormir. D'abord pour ce rêve puis, car il sentait qu'il allait faire d'une pierre deux coups pour la certitude qui montait en lui: il allait enfin trouver le coupable des crimes de Sainte Trique.

La branche cassée du palétuvier n'était en fait, qu'une branche de hêtre qui venait de se briser. Rêver d'une idylle avec une splendide créature et se faire réveiller à cause d'un hêtre qui n'aurait pas dû être, cela a quelque chose de psychanalytique.

Sigmund Freud - que ses amis français surnommaient "Zigounet Freud" pour son penchant pour le sexe- en a d'ailleurs parlé dans son essai sur l'interprétation des rêves. Pour lui, l'homme qui rêve d'une branche qui se casse, craint une perte brutale et définitive de sa virilité. (Rêve à ne pas confondre, toujours selon Zigounet Freud, avec une branche secouée par le vent qui symboliserait la masturbation) mais je ne vais pas vous résumer toute l'oeuvre du grand Freud, je vous conseillerai seulement de lire le chapitre "L'arbre dans le rêve cache-t-il la fourrée?" et d'éviter les lignes sur les concombres, les cornichons et autres godemiché du potager.

Lagarrigue crut tout d'abord à un quelconque gros gibier. Il ne bougea pas et se tassa discrètement, un peu plus dans le fourré. (Ce terme, ici est au masculin, contrairement à son homophone précédent). Les craquements se rapprochaient. Lagarrigue identifia alors des bruits de pas.
- Et si c'était l'assassin? se demanda-t-il. Il décida de ne pas bouger d'un millimètre. Les craquements se rapprochaient. Bientôt, l'être qui marchait devrait apparaître... Lagarrigue, pourtant calme, transpirait à grosses gouttes. Il n'avait pas peur, il était aux aguets, la main sur son revolver, prêt à bondir selon les événements.
Une branche de sapin s'écarta, Lagarrigue découvrit l'auteur des pas dans cette forêt. Il n'en crut pas ses yeux. Il n'y avait pas une personne mais deux! Munies chacune d'un long couteau de cuisine et d'un rouleau à pâtisserie.
L'on ne dira jamais assez le rôle des instruments culinaires dans la littérature criminelle. Ndl'A
Lagarrigue se prit à croire qu'il avait une hallucination, que ses yeux lui mentaient. Il venait de tout comprendre en un éclair!
Ndl'A bis: Il n'y a pas forcément d'opposition entre le fait d'être membre de la Maréchaussée et d'avoir une compréhension foudroyante. Oui ! A regarder les deux personnages devant lui, les motivations de leurs horribles crimes devenaient évidentes. Lagarrigue tenait ses assassins. Il décida de ne pas les interpeller pour le moment. Discrètement, il sortit son téléphone portable en bénissant le jour où il l'avait choisi avec la fonction appareil photo. Les assassins cherchaient leur proie, Lagarrigue immortalisa leurs quêtes en clichés numériques. Il était temps pour lui de se replier car les couteaux et les rouleaux de pâtisserie s'approchaient dangereusement.
Le sentier le ramena à la 4L. Il vérifia les clichés. Ils étaient bons. ..
Une équipe à réunir! se dit-il et c'est la fin de mon enquête...