dimanche 11 mars 2012

Chapitre 8

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Gévaudant ...

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Gévaudant était un superbe berger de Maremme, (à ne pas confondre avec les huîtres qui elles, sont de marennes NdlA) de 40 kg et de 70 cm de hauteur. Tout de suite, il devint la coqueluche des enfants. Gévaudant méritait mieux que son nom. C'était un animal très impressionnant certes, mais au caractère doux et docile. Tout le contraire du caractère - en général- des épouses Sainte-Triquoises. (Remarque d'un villageois désobligeant et misogyne nullement cautionné par l'auteur).
Quand il arriva à Sainte-Trique - le chien, pas le villageois misogyne - certains habitants, en difficultés oculaires, crurent tout d'abord que la Gendarmerie avait acquis une chèvre, tant de loin, le gabarit semblait le même, mais la noblesse, la beauté de cet animal ne laissa pas le doute planer très longtemps, sans vouloir vexer la gens caprine dont ne serait-ce que la production de fromage doit inciter au respect. Et lorsque l'on apprit, qu'en plus d'appartenir aux Forces de l'Ordre, Gévaudant ne s'endormait que si son maître lui laissait écouter l'andante du Concerto 21 de Mozart! et avoir lapé un bol de tisane à la camomille. Précisons également d'avant de s'engager dans l'armée comme gendarme quadrupède, Gévaudant avait appartenu à un dentiste qui aimait beaucoup la gens canine, mais laissons ce détail. 

Dès la douce montée chromatique des cordes, habilement soutenues par les hautbois et les clarinettes, (L'auteur veut prétentieusement montrer ici sa culture musicale. Note d'un lecteur clairvoyant), Gévaudant posait sa tête entre ses pattes et restait les yeux mi-clos.

Aux trois premières notes du piano, venant s'insérer dans l'orchestre, légères comme des papillons butinant la plus belle des fleurs, Gévaudant poussait un soupir de satisfaction, heureux de cette pause dans sa vie de chien. Enfin, il s'assoupissait et on aurait juré qu'il s'était envolé pour un éden fait de croches, de demi-croches, de portées et de clés de sol ou d'Ut. Enfin, Gévaudant fermait les yeux comme pour mieux jouir de cette musique divine. Il ne tardait pas alors à sombrer dans un sommeil profond.


Tandis que Gévaudant dort, il est temps de s'intéresser à son maître gendarme avant que le lecteur ne s'offusque d'une présentation privilégiant l'homme à l'animal.

Le maître chien répondait au nom de Aristobule Nicandrame. Aristobule étant son prénom, comme tous nos lecteurs l'ont immédiatement compris et"Nicandrame" son nom. En uniforme bleu-nuit, Aristobule avait fière apparence à côté de son animal. Les couleurs se mariaient parfaitement. En plus, l'homme et la bête avait un air de famille pour l'observateur attentif. Au pelage ivoire de Gévaudant répondait la chevelure blanchie du longiligne Aristobule, nonobstant sportif malgré son demi-siècle dépassé. Et, est-ce leur quotidienne fréquentation, mais les traits du museau d'Aristobule présentaient des similitudes avec ceux de la tête de Gévaudant (ou vice versa). Mais, chers lecteurs, comme l'on s'intéresse toujours plus à l'animal qu'à son maître, je mettrais un point final provisoire à la description d'Aristobule. Disons simplement que ce gendarme cynophile avait un excellent caractère, qu'il aimait le grand air en général et les grands airs de l'opéra en particulier, qu'il détestait les collections de timbres et les femmes de moins de 1,55 m. "C'est la catégorie des emmerdeuses" disait-il. A ce sujet, l'auteur souligne que cette opinion ne l'engage en rien, bien qu'il trouve qu'il y aurait une certaine vérité dans cette allégation selon son expérience personnelle et un sondage dans son entourage.

Enfin, précision hautement linguistique et historique, Aristobule aimait à préciser le rôle de la lettre "t" dans le mot "Gévaudant". C'était tout simplement pour que l'on ne confonde pas son chien avec la tristement célèbre "bête du Gévaudan" Sans "T"... et oui, sans le "T" Le chien du gendarme perdait sa "Terribilité". Comme quoi une lettre peut changer bien des choses!